Que faire de la vie politique devant moi ?

Cela fait 3 ans que j’ai pris un virage. Je me suis engagé pleinement dans la vie militante et politique avec une activité professionnelle qui produit du syndicalisme citoyen pour plus de respect et d’écologie. Je me pose encore aujourd’hui la question de ma place dans cet univers.

Un monde néolibéral en carence de leaders populaires

J’ai vu y a pas longtemps le film Selma qui nous immerge dans le combat des droits civiques des noirs aux Etats Unis pour mettre fin à leur ségrégation. J’ai été impressionné par le charisme et l’intelligence politique de Martin Lutter King et me suis dit : qui sont les leaders de la transformation sociale aujourd’hui ?

Je me suis senti découragé par l’ampleur du désastre des forces de la représentation populaire de notre démocratie représentative et la défaillance des syndicats populaires à faire émerger des leaders qui incarnent leurs luttes, avec courage et lucidité, pour un monde meilleur et pas pour essentiellement préserver des avantages sociaux propres à leurs corporations. Je me suis dis aussi heureusement qu’il y a des Sana Souid à l’Alliance Citoyenne qu’on ne met pas encore suffisamment en avant. L’influence populaire dans les partis politiques progressistes est en quasi-totalité incarnée par des bourgeois de gauche qui ne parlent pas suffisamment aux classes populaires et surtout qui parle pour eux, à leur place.

Le mépris envers les classes populaires est systémique. Quand on est sorti de la merde on voit mieux l’injustice, on a aussi la structuration intellectuelle pour en débattre et organiser la correction des injustices dans la société. Faire des fautes d’orthographes, parler trop familièrement est mal vu de toutes les élites. La démocratie ne marche pas si elle est seulement mise en œuvre par des élections de représentants et de dirigeants, cela produit des élites dont le métier consiste avant tout à se faire élire, à bien parler, à ménager le chou et la chèvre.

Je suis issu de la classe populaire mais j’accumule des privilèges de genre, de « race » et de validité. Je suis blanc, homme, hétérosexuel et j’ai un bac+5 et une carrière de manager dans l’industrie. Mes ressources biologiques et psychologiques importantes m’ont permises de devenir un transfuge de classe et de pouvoir gagner au jeu de l’ascension sociale.

Ce qui fait de moi un transfuge de classe pas vraiment représentatif de ma classe sociale d’origine : je n’ai pas été lésé tant que ça dans ma détermination sociale et biologique. C’est quand je suis parti vivre à Dubaï que me suis aperçu de la chance pour moi d’être né en France et d’être né homme.

Mais cela ne m’a pas pour autant tant remis en question que cela, tous les efforts que j’ai mis dans ma soumission vers l’ascension sociale se sont condensés dans des formes de mépris de classes : « si j’ai pu y arriver, pourquoi pas les autres ? Au fond, je l’ai bien mérité ». Le mépris de classe, de genre et de validité est partout, il persiste en moi. Quand j’accompagne dans mon travail des leaders citoyen.ne.s dans leur combat, il y a du mépris refoulé qui peut refaire surface quand je suis fatigué : « mais pourquoi ne canalisent t’ils pas leur colères et leur mépris au bon endroit, vers les élites et leurs dysfonctionnements, et pourquoi n’ouvrent t-ils pas leur amour au bon endroit, vers l’humanité quelle que soit les circonstances de l’existences qui ont fait que les gens sont différents ? »

Comment faire face à cette détermination sociale qui écrase quasiment tout sur son passage et entraine le monde à sa perte ? Car là où il y a de la concentration de pouvoir par des élites, qu’elle soit économique (le capitalisme) ou politique et militaire (l’étatisme), il y a des systèmes d’oppressions qui engendrent des injustices qui engendrent de la souffrance. Injustices sociales, économiques et écologiques qui agissent comme un poison pour l’humanité et l’ensemble de la vie sur notre planète.

La révolution nécessaire à la survie et au bien être de tous.tes est elle perdue ?

Le néolibéralisme, la victoire d’une culture individualiste et respectueuse des décideurs économiques et démocratiques, sur la puissance communiste a engendré un asséchement des financements pour la révolution populaire. En france, c’est le financement soviétique stalinien du Parti Communiste Français et de de la Section Française de l’Internationale Ouvrière qui produisait des organisateurs syndicaux qui promouvaient, formaient et légitimaient des élites ouvrières militantes. Cela a permis d’avoir environ 20% de députés ouvriers dans l’hémicycle au moment des grandes transformations sociales en faveur du droit du travail et des services publics.

Aujourd’hui quand tu te mêles à la lutte des opprimé.e.s, tu ressens à quel point tu « tâches » socialement. Quand tu ne respectes pas les codes des cultures dominantes oppressives, tu sens mauvais. C’est le cas pour la lutte des droits civiques des femmes musulmanes qui demandent l’accès aux piscines publiques, à la formation, au travail. Alors oui parfois je me demande ce que je fous là dedans, face à l’incompréhension et le mépris envers l’islam qui a considérablement augmenté avec les attentats. Derrière le port du voile, il y a du patriarcat, il y a aussi de la spiritualité et de la liberté de conscience. Derrière le port du voile, il y a surtout des femmes qui ont le droit de s’habiller ou se dévêtir comme elles veulent, qu’elle qu’en soit la cause. Je suis contre le patriarcat qui rend les hommes cons et les femmes soumises mais cela n’est pas propre aux religions, c’est le patriarcat qui rend les religions oppressives pour les femmes et non l’inverse. Les institutions religieuses qui cherchent à soumettre sont à combattre autant que les institutions républicaines qui cherchent à soumettre les croyantes à « leur laïcité » en les excluant de l’espace publique.

Le mépris est systémique. Le mépris va dans les deux sens. Plus je corrige mon mépris de classe, de genre, de culture et de validité et plus je nourris un mépris pour les élites bourgeoises, les hommes hétérosexuels, les dogmatiques et les valides. Ce mépris est la production de mon cerveau reptilien qui m’entraine vers la binarité, « j’aime ça, donc j’aime pas ça, j’aime pas ça, donc j’aime ça ». Il y a dans le mépris des personnes opprimées ou sensibles à l’oppression, une propension naturelle à produire des raccourcis et des préjugés envers les personnes qui ont les attributs de l’oppression.

L’enjeu n’est pas de penser la révolution comme une lutte totale contre les personnes qui incarnent une classe, un genre, une « race », une culture, une validité. L’enjeu est de penser la révolution comme un phénomène qui rend le classisme, le genrisme, l’hétérosexisme, le racisme, le dogmastisme, le validisme et l’anthropocentrisme comme plus possible politiquement.

Plus on pourra travailler et vivre en paix ensemble dans la pluralité de nos origines, de nos biologies et de nos cultures et plus l’humanité sera bonne à vivre. Plus l’humanité pourra vivre en respect de son environnement et de toutes les formes de vies sur terre et plus l’humanité pourra vivre longtemps.

La démocratie va mal, il y a le besoin d’une révolution (qui n’est jamais un coup d’état qui renverse une dictature par une autre). Il nous faut une révolution sociale et écologique qui déconcentre le pouvoir qui est dans les mains des étatistes et des capitalistes écocidaires (qui tuent la vie sur terre). face aux crises démocratique, économique et climatique, il nous faut un vrai pouvoir populaire socialiste et écologiste.

Qui va le financer ?

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