Une histoire de famille – Nouvelle – page 4

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C’est arrivé.

Safae faisait la première partie d’un petit concert électro. Elle nous a rejoint pour la dernière partie. Quelle party. On a dansé parmi nos amis pleins sourires, plein kiffe. On s’est tous les deux connectés par les mains. On a laissé faire la magie. Elle était là ce soir.

On en a savouré chaque particule. Chaque ondée de présence profonde abandonnée à l’autre, on partageait ça, on le dégustait tous les deux à tendres et douces goulées d’amour et de sensualité. Une tendresse osmo’zique. Une nuée légère de sensations fines et explosives pour nos articulations, nos tendons, nos os, nos moelles qui résonnaient aux frottements voluptueux de nos peaux sur nos bras, nos cous, nos joues. Au son plongeant et ondulant des vibrations sonores structurellement déstructurantes. La DJ produisait son terrain de rencontre cosmique pour nos âmes et nos corps en transpi. Une barbe à papa pour nos synapses. Un feu de dieu pour nos plexus. Une érection pour nos sexes. En bas, un désir fou de se prendre, en haut, une mûre conscience de se livrer tous les deux notre plus haut respect, notre plus haute conscience de soi en l’autre. On se plongeait l’un dans l’autre au-delà de l’infini, dans le fini de nos vies, dans la matière brute de nos carcasses et de nos caractères enlacés, délassés. Allant et venant. Jouant frôlant. Brulant délaissant. Fusant attisant. On s’est joui existentiellement l’un-l’autre autour des autres.

C’était beau.

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Une histoire de famille – Nouvelle – page 3

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Quelle galère les histoires d’amour quand même. Pourquoi faut-il qu’on trimbale toujours un vide avec nous ? une personne arrive avec toutes ses beautés et voilà l’esprit qui s’engouffre dans le vortex du désir amoureux. Je pensais m’en être extrait de ce manque, ou de l’avoir comblé, ou plutôt de l’avoir tari à force de lucidité. Mais non, il patientait là, il souffrait en silence, il avait appris à se faire discret pour mieux m’ébranler au passage d’une divinité pour mon système sympathique. En quoi la beauté vient-elle se mélanger avec la reproduction ?

C’est quand même marrant ce phénomène quand on y pense. Mon système sexuel me donne l’envie de me reproduire et ça pourrait suffire, on pourrait s’accoupler dans tous les sens avec n’importe qui, ça serait plus simple, j’aurais alors toutes mes chances avec Safae. Mais non, la beauté vient y faire son cinéma, il faut que notre intellectualité amplifie le petit tourbillon de la pulsion sexuelle en un ouragan de sentiments qui emporte tout sur son passage. Et l’intellectualité est du genre select. Je dirais que le sens du beau, l’emporte sur le sens de la baise. Non, en fait, le bon et le beau c’est la même chose : le bon c’est le beau pour le corps et le beau, c’est le bon pour l’esprit. Tout est bon dans le cochon. Tout est beau dans l’oiseau. Les tabous sociaux, c’est fou comme ça rend tout compliqué. Et moi, pourquoi ça me semble si compliqué la tournure que prend les choses avec Safae ? Suis-je un juste espérant impatient ou juste un niais optimiste…

– En fait, tu veux que je te dise Faby, le jeu des relations amoureuses, il se fait comme le Monopoly. On se lance pour un tour avec l’espoir de tomber sur la rue de la Paix, mais celui qui a la rue de la Paix c’est celui qui a déjà les Champs Elysées, Montparnasse et Matignon. Il y a des personnes qui monopolise les attractions. Sans attractions, pas de relation.

– Ahah carrément, et si t’as pas eu la rue de la Paix en premier, c’est toi qui raque à chaque passage. Je suis d’accord avec toi Safy et en vrai, tu veux que je te dise, ce jeu-là, il est en fait encore plus mal foutu que le jeu du Monopoly. En fait, il faudrait imaginer un plateau en trois dimensions, chaque plateau se dupliquant à l’infini sur la verticalité. Chaque joueur et joueuse part de l’étage le plus haut et s’aperçoit qu’il peut pas acheter, tout est trop cher. Plus il descend les étages et moins les locaux sont idéaux et pourtant ceux là aussi sont acquis par ceux qui ont des parts dans les plateaux du haut et parfois, surprise, par ceux qui en ont dans les plateaux du bas.

– Ou un plateau de côté, lorsqu’on désire une personne qui n’est pas attirée par ton genre.

– Ahah oui, tout à fait.

– En fait, dans ce jeu, tout le monde se loupe si souvent et tourne bêtement autour d’un sommet inatteignable qu’on nous a vendu avec de la pub et que tout le monde espère. Un océan de loupés autour d’une flaque de gagnants qui eux aussi peuvent se perdre.

– Oui et où plus il y a d’hormones et plus ça lance les dés de manières compulsives.

– C’est ça ! Monopoly partout à tous les niveaux, à tous les étages ! Ascension sociale et ascension sexuelle, même combat ! L’imaginaire brouille tout et ça rend impuissant.

– Ahah, Waouh, là on est parti loin niveau méta réflexion, j’adore ! Je te l’avoue Safae, j’ai jamais eu un tel niveau de complicité sexuelle, euh intellectuelle pardon avec quelqu’un.

– Ton imaginaire est en train de tout brouiller là, ahah.

– Tu penses qu’on est sur le même plateau tous les deux ?

– Ahah possible, en tout cas on peut déjà dire qu’on a déjà eu de la chance au Monopoly de l’amitié. Je dois filer, j’ai un date.

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Une histoire de famille – Nouvelle – page 2

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7h passée en compagnie de Safae et je suis toujours aussi captivé. Captivé, tiens d’ailleurs ce mot il est marrant, est-ce que je ne suis pas en train de me rendre captif ? C’est fou comme on peut se faire des films, mais bon là, y a matière je pense. C’est la première fois que je tombe (amoureux) sur une femme qui ne souffre d’aucun besoin de sécurité affective. Qui voit les choses de l’amour avec une telle lucidité, un tel pragmatisme. Alors que d’habitude, quand on parle de l’amour, on nous sert une sacrée tisane de fausses bondieuseries ou de moralines de blanche neige pour se donner une bonne conscience sexuelle. En tout cas, j’adore nos échanges intellectuels, celui d’hier était mémorable. Et il ouvre une porte à un rapprochement, enfin je crois.

– Je discutais l’autre jour avec mon ex, Nadia, l’avocate qui nous a donné un coup de main sur la bataille contre le mal-chauffage d’un quartier dont je t’avais parlé. On n’était pas d’accord sur un truc. Est-ce que pour toi, l’amour, et je ne parle ni d’amitié, ni de parentalité, c’est plus qu’une histoire d’attirance sexuelle ?

– Ouf, j’ai vraiment cru que tu allais me perdre avec des questions de droit ahah. Bonne question, et comme je te l’ai déjà dit, j’aime le concret, par exemple là est-ce que je t’attire sexuellement ?

– Euh…bin… En fait, là en disant ça tu m’intimides.

– C’est exactement ça, lorsqu’on verbalise l’attirance sexuelle, on enlève tout l’agrément : le mystère et la tendresse autour de l’affaire. Quand tu dis à ton ex qu’il y avait que du désir sexuel dans votre histoire, ça écorne la romance. C’était toi qui avais ce point de vue non ?

– Ouais, c’était moi. Je comprends bien où tu veux en venir, ta démonstration est édifiante.

– Enfin j’espère qu’elle ne t’a pas coupé toute ta chique, ça serait dommage d’enlever cette douce tension entre nous, c’est quand même plus sympa quand elle est là, ça donne plus de saveur à notre relation.

– C’est sûr, je suis d’accord, l’idéal romantique c’est peut-être une relation amicale sous haute tension sexuelle.

– Oui je crois que c’est ça, on a besoin de fantasmer pour vibrer. Quand on se fait plus de film avec la réalité, c’est que la romance est terminée. Et là, peut-être l’amour prendra la relève pour faire durer la relation. Tu veux que je te dise, l’amour c’est une histoire de câlins, la romance une histoire de baise.

– Ça doit être pour ça qu’on me dit si souvent que je suis un grand romantique.

– Ahah, tu dis ça mais au fond ça se sent que t’aime les câlins. C’est pas ce qui m’excite le plus, mais y a des personnes qui ont besoin de ça.

– Tout le monde a besoin de ça non ?

– Non, moi je n’en ai pas besoin. C’est que t’as dû en manquer petit, c’est tout. C’est pas bien grave. En fait, je vais te dire, ce soin, je me le procure toute seule. Sinon après, si j’ai besoin de ça, y aura toujours une personne qui aura le pouvoir indirect de me faire souffrir et je donne ça à personne. C’est pas l’amour qui fait mal, c’est le manque d’amour pour soi qui le fait.

– A la manière dont tu dis ça, ça laisse à penser que tu en as souffert.

– On en souffre toustes mais croît moi, ne va pas chercher ça ailleurs que dans ton propre coeur.

– Du coup, tu fais jamais de câlins ?

– Si bien sûr, mais c’est des câlins de bonus, pas de manque. Aller vient dans mes bras, viens prendre ton petit shot d’ocytocines.

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Une histoire de famille – Nouvelle

Safae, c’est quand même quelqu’un d’incroyable. Je dirais que c’était une rencontre extraordinaire. Une intelligence qui permet si fort de s’extraire de sa classe sociale, c’est remarquable. Et puis, ouah, quelle est belle. C’est dingue l’attirance que j’ai ressenti pour elle. Moi qui me suis comme juré un pacte de célibat non exclusif. Cette femme, j’aurais des difficultés à lui présenter ma manière atypique de voir les choses en amour.

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Un point de vie comme un autre – Nouvelle – Fin

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Me voilà à l’approche de la mort, je n’ai fait que vieillir et pour autant je n’ai fait que tendre vers l’optimum du bonheur. Je suis parvenu à vivre vivant de tout mon être, de tout mon plaisir de vivre. Cela n’a pas été sans trébuchements, sans épreuves aussi. Sur ce chemin, j’ai trouvé trois clés.

Clé n°1 : Le droit absolu à sa liberté. Chaque jour, travaille ton autorité sur toi-même et pourfend tous les devoirs et obligations qui engendrent de la souffrance. Sois en quête de libération intérieure.

Clé n°2 : Le droit absolu à l’oubli de soi. Chaque jour, autorise-toi le plus grand relâchement et désactive ton esprit le plus loin possible sans l’endormir pour goûter à la plénitude du ressourcement intérieur et la prévalence de la conscience sur la pensée. Sois en quête d’harmonie intérieure.

Clé n°3 : Le droit absolu à faire des choses kiffantes et créatrices ensemble. Chaque semaine, va vers les autres et nourris toi de ce que la solitude ne peut t’offrir : le jeu collectif, la beauté partagée, la tendre sensualité, le fou rire, la lutte pour nos droits face aux abus et la lutte pour la vie face à l’esprit de propriété et d’exploitation. Sois en quête d’harmonie extérieure.

Fin

Un point de vie comme un autre – Nouvelle – Page 8

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Voilà plusieurs mois que je me suis refrotté au monde des humains. J’ai organisé ma vie autour de deux pôles existentiels. En premier lieu, la puissance intérieure avec le maintien de bonnes routines pour développer et maintenir un corps et un esprit sains, où seul, je me sens en harmonie biologique. Cela a pour effet de recalibrer l’excitation que je ressens quand je fais des choses avec des autres et de diminuer significativement l’appétence pour les nourritures et les activités addictives. L’autre pôle, c’est la puissance extérieure, l’aptitude sociale à faire des choses importantes et kiffantes ensemble. J’ai besoin de moins d’ego pour ressentir les mêmes shots de dopamine intérieure. J’arrive de mieux en mieux à amplifier mon bonheur avec les autres et j’apprends de plus en plus à déconnecter ma victime intérieure lorsque les choses se gâtent.

Partagé, le bonheur s’amplifie, mais le malheur aussi. Quand on va dans le monde, il nous faut des désirs d’expériences positives à partager, et il nous faut un corps sain et un esprit sain pour y évoluer. La fatigue nous fait plus facilement sombrer dans la victimité qui est le toxique de toutes relations à soi et aux autres. D’ailleurs, pourquoi est-il si facile pour la pensée et l’esprit d’aller vers la victimité dysfonctionnelle que vers la combativité harmonieuse ? Certainement parce qu’on nous apprend cela dès le plus jeune âge et qu’il n’y a pas grand monde pour nous apprendre la combativité harmonieuse…

Nourrir de tout son néocortex une intention combative vers une vie heureuse et harmonieuse et extraire son esprit sans relâche de chaque tentative du cerveau archaïque de nous faire sombrer dans les boucles de pensées victimisantes, voilà ce qui est faisable. Reprogrammer le cerveau archaïque, voilà ce que le chercheur d’existentialité heureuse doit apprendre à faire. L’ego-victime-sauveur-persécuteur est la chose à éteindre en nous. L’envie inadaptée c’est lui, le stress c’est lui, la lourdeur c’est lui, l’enfer, c’est lui. L’ego-âme-force-joie est la chose à cultiver en nous. C’est en ce lieu que se chemine un petit paradis personnel à partager avec ample générosité et à défendre avec juste force.

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