Ce que j’entends par « faire durer le plaisir », c’est la capacité cognitive à être enjoué, fier et reconnaissant durablement sans avoir à remettre frénétiquement des pièces dans la machine de la stimulation et de la valorisation par l’extérieur ni tout voir s’effondrer et s’effrayer quand une menace, une dévalorisation, une perte ou un rejet arrive.
Ce que j’entends par « bien aller dans la vie », c’est la capacité à nourrir de la meilleure des manières son vivre, sa fierté personnelle et son impact social et écologique.
Faire avancer sa vie dans le bon sens, et entendez ici, à la manière de Paulo Coelho : en participant activement et joyeusement à l’élaboration de sa légende personnelle, cela semble participer grandement et indéniablement au plaisir de vivre (à condition d’être aussi lucide que l’on est ambitieux, bien sûr). Et ce « goût du remarquable et du légendaire » participe peut-être également du plaisir d’avoir vécu. S’il y a déjà de la narration positive dans notre existence passée à travers des moments mémorables et inoubliables que la vie aurait pu nous donner la chance d’expérimenter, ou s’il y a des difficultés dont on aurait déjà pu triompher. Ressentir la vie du bon côté, s’en réjouir et s’activer vers nos meilleures manières d’agir et de célébrer l’existence semble être une des clés majeures de la vie bonne.
Le plaisir et le fait d’aller bien dans la vie, dans le bon sens, dans les bonnes attitudes et les bons comportements sont interconnectés. L’un nourrissant l’autre et inversement. Cercle vertueux de l’amour et de la confiance en soi qui nous fait bien aller la vie et l’existence. Mais si aller bien dans la vie, si faire les choses auxquelles nous sommes fiers et heureux d’agir et de participer, est propice au plaisir de vivre, il y a des formes de plaisir qui ne participent pas au fait d’aller bien dans la vie.
Les plaisirs en lien avec la vie qui va mal
Ce que j’entends par « la vie qui va mal » c’est tout ce que nous faisons qui contrarie notre fierté à aller de l’avant. Et là-dedans il y a le chant de certaines sirènes, qui peuvent nous transformer en épaves… Les sirènes des addictions, les sirènes des divertissements, les sirènes des renoncements. La fuite et la peur, la peur et la fuite. Ainsi sommes-nous peut être condamner à jouer un jeu à une dimension, un tir à la corde, un bras de fer entre la part de nous décevante et renonçante et la part de nous valorisante et courageuse.
Tirons sur ce fil là un peu plus loin si vous le voulez bien 😉
Qu’est-ce qui nourrit ce côté-là du ring ? Ce côté de la loose, de la flemme et du renoncement ?
Qu’est-ce qui alimente l’autre côté du ring ? Le côté de la win, de l’ardeur et de la motivation ?
Le côté de la loose, ça fonctionne avec le besoin instinctif de repos et de récupération et le besoin d’être rassuré et réconforté par un apport de plaisir immédiat. Le désir de plaisir immédiat résonne avec l’envie d’une bonne tétée savoureuse, chaleureusement rassurante comme au bon vieux temps de notre préenfance… En gros, le côté de la loose a des ingrédients qui participent de la win (savoir se reposer) et des ingrédients qui nourrissent une forme de nostalgie inadaptée qui dessert l’aller bien. Une part archaïque et sensible aux tréfonds de nous a encore besoin d’être rassurée, et nous nous y prenons mal pour le faire. Nous le faisons en irritant, à juste titre, la partie activatrice en nous qui est garante de notre idéal de vie saine et légendaire.
Le côté de la win, ça fonctionne avec le besoin instinctif d’être valorisé et aimé ainsi que le besoin de stimulation et de structuration. Structurer ce que l’on fait en se stimulant par la valorisation que l’on se donne à agir avec ce qui nous rend fiers. Qui nous rend fiers et donc dignes d’amour et, en premier lieu, dignes de notre propre amour.
En disant cela, il est moins question ici de s’activer avec la part de nous garante de nos idéaux, qui fonctionne par la critique et la dévalorisation maltraitante, qu’avec la part de nous aimante, bienveillante et encourageante. À la manière du bon guide, du bon prof capable d’entendre le besoin d’amour et de reconnaissance de ses élèves. Transformer le juge critique et punitif en nous en un parent bienveillant, encourageant et ferme.
Et si au final, ne s’agissait-il pas d’abandonner le match de boxe, le bras de fer ou le tir à la corde pour inviter nos belligérants intérieurs à faire la paix, à se réconcilier et à s’auto-supporter dans une danse auto-réalisatrice de l’amour et de la joie ?
Être reconnaissant et bienveillant avec nos besoins de repos, de récup et de tendresse tout comme avec nos besoins de valorisation, de dépassement et de succès. Tout mettre ensemble, tout défendre ensemble, tout avancer ensemble vers la vie qui va bien. En berçant intérieurement et en aimant infiniment la part de nous si fragile et si sensible, en manque d’amour, de valeur et de reconnaissance. La nourrir avec cet auto-soin là plutôt qu’en recourant à nos objets d’addiction. Et nourrir l’autre part, celle en recherche de valeur et de puissance, avec de l’agir ou du non agir qui nous rend fier et/ou nous rend en bonne santé.
Les frayeurs et les blessures psychologiques en lien avec la vie qui va mal
Si on tire un peu plus loin le fil de la loose, le besoin d’être rassuré et réconforté est amplifié par les événements difficiles qu’on subit, les souvenirs douloureux qu’on invoque et les suppositions angoissées qu’on s’imagine. Le circuit cérébral par défaut fonctionne ainsi quand il est en mode scénario souffrance – victime affolée – loose. Le cerveau fait, en fonction de ce qu’il a intégré comme modes de fonctionnement réels et fictifs, quelque chose avec la douleur et la peur. Et il peut se remémorer le pire et imaginer plein de scénarios pour l’éviter ou l’affronter de la pire des manières. La plupart de ces modes de fonctionnement sont, désolé de vous le dire, profondément stériles, inutiles et maltraitants.
Il s’agit de le transformer ce mode de fonctionnement. Et pour cela, il faut d’abord agir sur la cause racine du phénomène : les traumatismes. Ce sont eux qui produisent l’anxiété et l’envie de fuite ou de réconfort excessif. Le cerveau n’a pas enregistré le souvenir douloureux, voire insoutenable, comme un événement passé ; alors, la sonnette d’alarme reste activée dans notre psyché. Pour nous aider à guérir cela, il y a un super livre : Le Corps N’oublie Rien de Bessel Van der Kolk.
Il y a les peurs exagérées et inutiles, il y a les dévalorisations et les humiliations. Celles qui invitent le cerveau à fonctionner en mode scénarios de vengeance meurtrière, de revanche impossible ou d’abandon suicidaire… Là aussi, il s’agit de laisser ces épisodes au passé, de soigner nos blessures et de comprendre tout l’absurde et l’inutile de garder nos rancœurs activées. La souffrance ne s’échange pas, ne se rachète pas, elle se soigne, elle se guérit psychologiquement, sociologiquement et spirituellement.
On s’en guérit psychologiquement en apprenant à réconforter notre part sensible et fragile.
Spirituellement, on s’en guérit en apprenant à (re)trouver un contact plus intime et plus profond avec l’Essence de l’existence. Pour nous aider à cheminer vers cela, il y a ce super livre : La Maîtrise De L’Amour de Don Miguel Ruiz.
Quant aux dysfonctionnements sociaux, il y a le militantisme de transformation sociale et écologique.
Les plaisirs et les gratitudes en lien avec la vie qui va bien
C’est en apprenant à activer de mieux en mieux et de plus en plus nos parties aimantes, valorisantes et réconfortantes en nous que nous arriverons à apaiser et encourager les parties que nous avions trop mises de côté et qui contribuaient à nous empêcher de bien faire aller la vie : nos parts sensibles, blessées, refoulées et exilées. Leur redonner existence, chaleur, amour, confiance et espoir, les remobiliser avec raison et union, et s’activer cérébralement, physiquement et relationnellement avec entrain, récup et réjouissance.
Restons connectés à la source d’amour et de chaleur en nous. Faisons advenir toute l’envie d’avancer dans la vie valeureusement et joyeusement, fiers d’agir bien dans la bonté de la vie et la beauté du monde, avec ce que les corps peuvent nous donner ou ne pas nous donner dans l’instant.
Un livre qui m’aide grandement à cheminer dans ce processus : Pourquoi Nous Sommes Essentiellement Bons de Richard Schwartz, fondateur de la thérapie IFS.
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