Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, ne pas vouloir améliorer le monde et donc le transformer peut provenir de formes de soumission immobilisantes ou plutôt « status quo »isantes comme la résignation personnelle ou l’humilité dévoyée.
Mais l’immobilisme provient avant tout de formes de domination qui ont des intérêts dans le maintien des déséquilibres psychologiques, sociaux et écologiques actuels.
Pour améliorer le monde, ne s’agirait-il pas d’opérer un rééquilibrage socio-politico-économique qui corrige la domination par la résistance et la libération des soumissions ? Examinons cela ensemble, si vous le voulez bien.
Et avant cela, qualifions au mieux ce problème que le monde a et duquel il nous faudrait nous soigner…
Le monde est traversé par des processus biologiques, politiques et culturels qui apportent une couche de sensations physiques et psychiques plus ou moins agréables, plus ou moins heureuses, plus ou moins malheureuses à la surface de la terre.
Un monde qui irait bien ne tolérerait pas que la souffrance persiste trop longtemps dans ce réseau d’interactions biologiques dont l’humain fait, entre autres, partie. Un monde qui irait bien prendrait les décisions qu’il faut pour que la vie s’accomplisse en plaisir, en beauté, en puissance et en harmonie. Et cela au travers de tous les organismes qui la composent et qui en font sa richesse, sa résilience et sa prodigalité.
Dans ce monde, une partie de la comportementalité humaine a été abîmée et dévoyée. Propageant des déséquilibres, des souffrances et des conflictualités d’individus en individus, de foyers en foyers, de genres en genres, de clans en clans, de religions en religions, d’ethnies en ethnies, de civilisations en civilisations, d’espèces en espèces, de sociétés en sociétés, de nations en nations, de générations en générations.
D’où la comportementalité abusive humaine trouve-t-elle sa source ?
Hypothèse biologico-psychologique : la dissociation et le manque d’empathie
Hypothèse socio-intellectuelle : l’inconscience et le manque de volonté et d’organisation
Hypothèse socio-politique : les asymétries de pouvoir et le manque de soin, de liberté et de révolte
Qu’est-ce que j’entends par dissociation et manque d’empathie ?
J’entends par là le fait qu’un individu peut voir se développer biologiquement et/ou culturellement des parts de lui-même assujettissantes, perverses, psychopathiques ou sociopathiques.
Assujettissantes : quand des cognitions ayant du pouvoir sur d’autres, leur interdisent ou obligent ce qu’ils s’interdisent et s’obligent eux-mêmes, sans consentement préalable.
Perverses : quand des cognitions cherchent à faire vivre aux autres ce qu’ils refoulent en eux, comme la douleur, la peur ou la jouissance.
Psychopathiques : quand des cognitions n’arrivent pas ou plus à capter correctement les émotions et donc les besoins des autres par déficience dans l’usage des neurones miroirs. Compensant le manque de lien et d’amour ressenti par la recherche de pouvoir et de jouissance.
Sociopathiques : quand des cognitions enclenchent une mue compulsive de la personne en monstre dominateur, envahie par ses intérêts de vengeance, de puissance et de jouissance, en franchissant les limites et en maltraitant les besoins d’autrui.
Postulat clé : ces quatre déséquilibres psychologiques engendrent, provoquent et perpétuent les cycles de souffrance interindividuelle. Ces quatre pathologies, quand elles sont actives, opèrent une dissociation « dis-empathique », aveuglant la personne dans son intérêt propre, la rendant, lorsqu’elle est sous l’emprise de ces pathologies névrotiques, voire psychotiques (quand, sous crise et/ou substances, la conscience n’est plus opérante), inapte à respecter autrui.
Qu’est-ce que j’entends par inconscience et manque de volonté et d’organisation ?
Ce que j’entends par inconscience, c’est le fait de ne pas avoir mis des sensations et des représentations suffisamment satisfaisantes sur ce qui fait du bien et sur ce qui fait du mal, à l’échelle de sa vie, à l’échelle de ses relations, à l’échelle de la société et du monde.
Si je ne perçois ni ne comprends les souffrances et les joies en moi et autour de moi, je me condamne à nier ou à mal opérer ce qui permet à ce corps et à ceux qui interagissent avec lui de réaliser les réorganisations nécessaires : cultiver le bon, guérir et prévenir le mal.
L’inconscience peut être considérée en soi comme un manque de volonté, un manque de mobilisation psychique vers la perception et la compréhension du réel, tel qu’il est et va. Un désintérêt pour la justesse et la vertu.
Où la bonne volonté est de l’intérêt qui trouve les moyens de se perpétuer dans la durée. Et cela, face à la désorganisation, l’immaturité et aux résistances liées aux illusions de perfection qu’une part d’égo peut défendre bêtement, en nous faisant nier la réalité de notre hasardeuse et perfectible nature animalo-humaine.
La conscience participe activement avec la raison au processus d’élaboration des représentations cognitives qui permet d’agir avec plus de justesse et d’effectivité sur le réel. Et la seule manière de produire des effets impactant efficacement le réel est de mettre au point de l’organisation positive. Car la cause principale du fait qu’il y ait du bien en insuffisance et du mal en trop sur terre provient du déficit d’organisations génératrices de forces, de soin, de communs, et de plaisirs sains à l’échelle du monde.
Organisations positives dont celles correctrices des organisations existantes, encore aussi génératrices de mal.
Qu’est-ce que j’entends par asymétries de pouvoir et manque de soin, de liberté et de révolte ?
J’entends en cela une explication sociologique pertinente du maintien des souffrances issues de la domination, de l’exploitation et de la maltraitance des plus puissants sur les plus faibles, des avantagés sur les désavantagés, des majorisés sur les minorisés.
Dimension cruciale, reliée à la souffrance de masse.
Tant qu’on n’aura pas corrigé les asymétries de pouvoirs par de la mise en place de dispositifs publics, législatifs, exécutifs et judiciaires adéquats : les abus de pouvoir et de domination perdureront.
Historiquement, ce progrès s’accomplit sous la pression de trois forces :
- De l’humanité sensible et empathique qui parvient à peser sur le pouvoir et ses décisions
- De la liberté créatrice qui met au point de nouvelles manières de fonctionner
- Des révoltés et des insoumis qui arrivent à rendre l’état actuel intenable et appuient l’émergence et la production des deux premières forces
De l’amour, de la liberté et de la révolte.
Voilà les trois ingrédients à mélanger et à faire triompher pour bâtir des sociétés meilleures.
Maintenant que la problématique et les pistes de résolution sont exposées, revenons à la première intuition et essayons de l’enrichir à l’aune de cette réflexion plus aboutie.
« Pour améliorer le monde, ne s’agirait-il pas d’opérer un rééquilibrage socio-politico-économique qui corrige la domination par la résistance et la libération des soumissions ?«
Dans cette proposition, il y a la prise en compte :
- d’un aspect Hirschmanien de la transformation de la société
- de l’aspect « sociopsychologique » de la soumission et de l’impuissance apprises
- de l’aspect économique et sociologique des rapports de domination
Et il manque :
- l’aspect biologico-psychologique
- la forme intégrative et optimale que pourrait prendre l’organisation autocorrectrice à engendrer
Reformulons alors, la proposition.
Pour améliorer le monde, ne s’agirait-il pas de développer des dispositifs institutionnels, culturels et économiques qui apportent de l’équilibre, limitent structurellement les abus, soutiennent les vulnérabilités et rendent effectives les capacités de résistance ?
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