Une histoire de famille – Nouvelle – page 2

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7h passée en compagnie de Safae et je suis toujours aussi captivé. Captivé, tiens d’ailleurs ce mot il est marrant, est-ce que je ne suis pas en train de me rendre captif ? C’est fou comme on peut se faire des films, mais bon là, y a matière je pense. C’est la première fois que je tombe (amoureux) sur une femme qui ne souffre d’aucun besoin de sécurité affective. Qui voit les choses de l’amour avec une telle lucidité, un tel pragmatisme. Alors que d’habitude, quand on parle de l’amour, on nous sert une sacrée tisane de fausses bondieuseries ou de moralines de blanche neige pour se donner une bonne conscience sexuelle. En tout cas, j’adore nos échanges intellectuels, celui d’hier était mémorable. Et il ouvre une porte à un rapprochement, enfin je crois.

– Je discutais l’autre jour avec mon ex, Nadia, l’avocate qui nous a donné un coup de main sur la bataille contre le mal-chauffage d’un quartier dont je t’avais parlé. On n’était pas d’accord sur un truc. Est-ce que pour toi, l’amour, et je ne parle ni d’amitié, ni de parentalité, c’est plus qu’une histoire d’attirance sexuelle ?

– Ouf, j’ai vraiment cru que tu allais me perdre avec des questions de droit ahah. Bonne question, et comme je te l’ai déjà dit, j’aime le concret, par exemple là est-ce que je t’attire sexuellement ?

– Euh…bin… En fait, là en disant ça tu m’intimides.

– C’est exactement ça, lorsqu’on verbalise l’attirance sexuelle, on enlève tout l’agrément : le mystère et la tendresse autour de l’affaire. Quand tu dis à ton ex qu’il y avait que du désir sexuel dans votre histoire, ça écorne la romance. C’était toi qui avais ce point de vue non ?

– Ouais, c’était moi. Je comprends bien où tu veux en venir, ta démonstration est édifiante.

– Enfin j’espère qu’elle ne t’a pas coupé toute ta chique, ça serait dommage d’enlever cette douce tension entre nous, c’est quand même plus sympa quand elle est là, ça donne plus de saveur à notre relation.

– C’est sûr, je suis d’accord, l’idéal romantique c’est peut-être une relation amicale sous haute tension sexuelle.

– Oui je crois que c’est ça, on a besoin de fantasmer pour vibrer. Quand on se fait plus de film avec la réalité, c’est que la romance est terminée. Et là, peut-être l’amour prendra la relève pour faire durer la relation. Tu veux que je te dise, l’amour c’est une histoire de câlins, la romance une histoire de baise.

– Ça doit être pour ça qu’on me dit si souvent que je suis un grand romantique.

– Ahah, tu dis ça mais au fond ça se sent que t’aime les câlins. C’est pas ce qui m’excite le plus, mais y a des personnes qui ont besoin de ça.

– Tout le monde a besoin de ça non ?

– Non, moi je n’en ai pas besoin. C’est que t’as dû en manquer petit, c’est tout. C’est pas bien grave. En fait, je vais te dire, ce soin, je me le procure toute seule. Sinon après, si j’ai besoin de ça, y aura toujours une personne qui aura le pouvoir indirect de me faire souffrir et je donne ça à personne. C’est pas l’amour qui fait mal, c’est le manque d’amour pour soi qui le fait.

– A la manière dont tu dis ça, ça laisse à penser que tu en as souffert.

– On en souffre toustes mais croît moi, ne va pas chercher ça ailleurs que dans ton propre coeur.

– Du coup, tu fais jamais de câlins ?

– Si bien sûr, mais c’est des câlins de bonus, pas de manque. Aller vient dans mes bras, viens prendre ton petit shot d’ocytocines.

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