Quelle galère les histoires d’amour quand même. Pourquoi faut-il qu’on trimbale toujours un vide avec nous ? une personne arrive avec toutes ses beautés et voilà l’esprit qui s’engouffre dans le vortex du désir amoureux. Je pensais m’en être extrait de ce manque, ou de l’avoir comblé, ou plutôt de l’avoir tari à force de lucidité. Mais non, il patientait là, il souffrait en silence, il avait appris à se faire discret pour mieux m’ébranler au passage d’une divinité pour mon système sympathique. En quoi la beauté vient-elle se mélanger avec la reproduction ?
C’est quand même marrant ce phénomène quand on y pense. Mon système sexuel me donne l’envie de me reproduire et ça pourrait suffire, on pourrait s’accoupler dans tous les sens avec n’importe qui, ça serait plus simple, j’aurais alors toutes mes chances avec Safae. Mais non, la beauté vient y faire son cinéma, il faut que notre intellectualité amplifie le petit tourbillon de la pulsion sexuelle en un ouragan de sentiments qui emporte tout sur son passage. Et l’intellectualité est du genre select. Je dirais que le sens du beau, l’emporte sur le sens de la baise. Non, en fait, le bon et le beau c’est la même chose : le bon c’est le beau pour le corps et le beau, c’est le bon pour l’esprit. Tout est bon dans le cochon. Tout est beau dans l’oiseau. Les tabous sociaux, c’est fou comme ça rend tout compliqué. Et moi, pourquoi ça me semble si compliqué la tournure que prend les choses avec Safae ? Suis-je un juste espérant impatient ou juste un niais optimiste…
– En fait, tu veux que je te dise Faby, le jeu des relations amoureuses, il se fait comme le Monopoly. On se lance pour un tour avec l’espoir de tomber sur la rue de la Paix, mais celui qui a la rue de la Paix c’est celui qui a déjà les Champs Elysées, Montparnasse et Matignon. Il y a des personnes qui monopolise les attractions. Sans attractions, pas de relation.
– Ahah carrément, et si t’as pas eu la rue de la Paix en premier, c’est toi qui raque à chaque passage. Je suis d’accord avec toi Safy et en vrai, tu veux que je te dise, ce jeu-là, il est en fait encore plus mal foutu que le jeu du Monopoly. En fait, il faudrait imaginer un plateau en trois dimensions, chaque plateau se dupliquant à l’infini sur la verticalité. Chaque joueur et joueuse part de l’étage le plus haut et s’aperçoit qu’il peut pas acheter, tout est trop cher. Plus il descend les étages et moins les locaux sont idéaux et pourtant ceux là aussi sont acquis par ceux qui ont des parts dans les plateaux du haut et parfois, surprise, par ceux qui en ont dans les plateaux du bas.
– Ou un plateau de côté, lorsqu’on désire une personne qui n’est pas attirée par ton genre.
– Ahah oui, tout à fait.
– En fait, dans ce jeu, tout le monde se loupe si souvent et tourne bêtement autour d’un sommet inatteignable qu’on nous a vendu avec de la pub et que tout le monde espère. Un océan de loupés autour d’une flaque de gagnants qui eux aussi peuvent se perdre.
– Oui et où plus il y a d’hormones et plus ça lance les dés de manières compulsives.
– C’est ça ! Monopoly partout à tous les niveaux, à tous les étages ! Ascension sociale et ascension sexuelle, même combat ! L’imaginaire brouille tout et ça rend impuissant.
– Ahah, Waouh, là on est parti loin niveau méta réflexion, j’adore ! Je te l’avoue Safae, j’ai jamais eu un tel niveau de complicité sexuelle, euh intellectuelle pardon avec quelqu’un.
– Ton imaginaire est en train de tout brouiller là, ahah.
– Tu penses qu’on est sur le même plateau tous les deux ?
– Ahah possible, en tout cas on peut déjà dire qu’on a déjà eu de la chance au Monopoly de l’amitié. Je dois filer, j’ai un date.
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