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Lucio Vesperin avançait comme on entre dans l’Histoire, le pas ferme, l’air solennel. Il dégageait une puissance tranquille. À seulement trente-deux ans, il venait de remporter l’élection présidentielle. Depuis cette victoire sur la Russie, une partie de l’Europe le considérait comme un génie politique et militaire. Et il avait su ne pas déplaire à suffisamment de Français pour s’emparer, pour cinq ans, du gouvernail de la nation. Une partie du pays exultait, une autre observait, et une dernière s’inquiétait.
Après son appel avec Poutine, il avait été rassuré par son agressivité. Plus rien ne semblait entraver sa marche vers une Europe fédérée. Il avait su troquer de la puissance militaire et de la dissuasion nucléaire contre une alliance politique. L’Allemagne, la Pologne ou l’Italie. Les Pays-Bas, l’Espagne ou la Belgique. Les Pays Baltes, l’Ukraine ou la Finlande. Tous voulaient désormais faire de l’Europe une puissance réunie. Il avait beaucoup fait pour la création de l’Alliance Militaire, Energétique et Numérique des Peuples d’Europe. Un dispositif marchepied vers la Fédération des Nations Européennes Unies, qu’il comptait un jour présider. Il monta sur la scène, acclamé. Il prit, comme à son habitude, le micro en main. Toute la foule le toisait. Et les caméras, yeux et oreilles d’un monde entier, l’enregistraient. Aux premiers mots, accompagnés d’une main droite comme symboliquement déposée sur toutes les têtes. Le silence et l’écoute se firent.
« Ce soir, nous ne pouvons plus attendre. Le monde change, et nous devons changer avec lui. La Russie reprend son souffle avant de contre-attaquer. Les États-Unis nous ont bel et bien lâchés. Plus que jamais, nous devons choisir ce que nous voulons défendre et incarner. Et j’incarne, avec, une part de vous, l’héritage de la civilisation des Lumières. Celle qui nous donne à nous unir et à progresser, à comprendre et à nous améliorer. Elle bâtit un commun qui rend chacun plus fort. Elle, qui nous protège et nous émancipe. Qui fait de jour en jour, de notre humanité une dignité toujours mieux protégée, préservée et respectée. »
Lucio, s’arrêta un moment, puis reprit.
« La Lumière ne s’arrête pas aux frontières, elle traverse. Cette force de Raison et d’Union, elle ne parle pas qu’en français. Elle a scintillé plus ou moins fort, partout. Et elle rayonne encore avec une part du monde, je le ressens. Et elle le fait d’autant mieux, quand elle marche de pair avec la Démocratie.
Aujourd’hui, cette part inclusive, inventive, créatrice et protectrice, doit s’unir en Europe. Elle doit faire front et résistance à toutes les tyrannies. Qu’elles soient politiques, économiques ou religieuses, ce sont elles. Elles, les tyrannies méprisantes et abusives. Qui sèment l’ignorance, la discorde, la souffrance et la mort. Qui méprisent la vérité partagée, écrasent les faibles, étouffent l’avenir. Je vous le dis, je crois en un monde qui ferait un bond, ensemble. Un Bon vers toujours plus de vérité et de création pour la santé et la vie commune. »
Il semblait marquer les consciences. Alors, il continua en les interpellant plus vivement.
« Et nous, que voulons-nous léguer à nos enfants ?
Une Europe trop divisée et trop faible, qui laisse les empires autoritaires et mortifères l’emporter ?
Ou une Europe unie, forte et solidaire, capable de protéger ses peuples et d’inspirer le monde entier ? »
Il intensifia le volume et la douceur de sa voix.
« Je ne vous demande pas de renoncer à vos identités. Mais de les élargir. Nous devons être Terriens, et nous devons être Européens. Nous devons faire de notre Europe un continent uni où l’argent et le pouvoir servent enfin la vie. Nous devons passer d’une Europe que l’on subit à une Europe qui nous unit. »
Et là, il choisit de terminer pleine force, pleins poumons, voulant marquer les esprits et le temps.
« Un jour, puissions-nous faire en sorte que nos enfants n’aient pas à choisir entre la paix ou la liberté. Entre eux ou les autres. Œuvrons pour qu’ils puissent, un jour, dire fièrement : “Ils l’ont fait, ils se sont unis, ils se sont rétablis ! »
Parce qu’il y a du bon en ce monde. Et parce que ce Bon, nous l’aurons défendu, ensemble. Nous l’aurons étendu, ensemble. Propager, ensemble, par-delà les frontières et les oppressions !
Vive les Lumières. Vive l’Europe. Vive la Liberté ! »
La foule rompit lentement le silence. Un bruit fort envahit le Champ-de-Mars, réveillant les habitants dans la nuit.
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