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Le bruit de la ponceuse avait une teinte plus agaçante, la poussière une odeur plus toxique. La vibration était plus irritante et le métal semblait froid. Clara ruminait. Elle se revoyait presque s’excuser d’avoir été mise à la porte. Une part d’elle essayait de ranger ça dans la catégorie des choses logiques, c’était prévu, programmé, orchestré. Elle aurait du chômage. Quelques jours pour elle. Peut-être des semaines avant une autre mission. Une autre part était triste. Et plus loin, à l’écart, il y avait la colère. Une colère qu’elle n’osait pas trop bien encore regarder en face.
Martin arriva d’un pas rapide, sourire large, essoufflé d’avance par ce qu’il espérait entendre.
– Alors ? T’es prise ?
Clara haussa les épaules.
– Non. J’ai juste réussi à gratter une semaine de plus. Elle sentit aussitôt le mensonge minuscule qu’elle venait de fabriquer. Comme si elle voulait sauver la face. Elle avait vu les autres faire ça cent fois, grossir le peu qu’on obtient pour ne pas paraître trop petit.
Le sourire de Martin tomba. Sa voix claqua :
– Quoi ?
Clara releva la tête. Elle ne l’avait jamais vu comme ça.
– Ils sont sérieux là ? Puis, il jura entre ses dents. Non. Ça va pas passer comme ça. Lâche ça. Viens.
Il lui tendit la main sans lui laisser le temps de réfléchir. La ponceuse continua une seconde de plus, comme si la machine refusait de comprendre, puis elle toucha le sol dans un bruit sec. Martin avançait déjà, la tirant derrière lui à travers l’atelier. Les regards se levèrent. Des têtes se tournèrent. Au bout de quelques mètres, il sembla en prendre conscience. Il lâcha sa main.
– Viens, dit-il plus bas. On va au local syndical. On va pas laisser faire ça.
Il avait encore les épaules tendues. La colère ne l’avait pas quitté. Elle marchait avec eux.
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