La distinction entre gauche et droite apparaît à la fin du XVIIIᵉ siècle, lors de la Révolution française, dans l’Assemblée nationale constituante : à gauche du président siègent les partisans de la limitation du pouvoir monarchique, à droite ceux qui souhaitent le préserver.
Progressivement, cette opposition spatiale deviendra une grille symbolique durable d’organisation du champ politique dans les démocraties représentatives occidentales. Elle structure les conflits autour de grandes polarités : égalité et hiérarchie, redistribution et propriété, émancipation et ordre, changement et conservation.
On peut schématiquement décrire cet axe comme horizontal :
- à gauche, des valeurs d’égalité, de solidarité, de critique des dominations et de contestation de l’ordre établi
- à droite, des valeurs de responsabilité individuelle, de stabilité institutionnelle, d’autorité légitime et de reconnaissance du mérite
- au centre, des logiques de compromis, d’arbitrage et de continuité
- aux extrêmes, une tendance à la radicalisation, c’est-à-dire à la réduction de la complexité du réel au profit d’un principe unique
Les excès apparaissent lorsque ces principes sont absolutisés :
- à l’extrême gauche, le partage peut devenir obligation indifférenciée, niant les différences de situations, d’efforts ou de capacités ;
- à l’extrême droite, le mérite peut se transformer en justification globale des inégalités, glissant vers le préjugé ou la naturalisation des rapports de domination
Mais une question demeure : ces catégories ont-elles encore un sens pour nous ?
Et d’ailleurs, quel est ce “nous” : des citoyens abstraits, des groupes sociaux concrets, des individus situés historiquement, culturellement et économiquement ?
Faut-il encore se dire “de gauche” ou “de droite”, ou bien faut-il dépasser ce clivage sans pour autant tomber dans l’indifférenciation politique ?
À quoi sert la politique ?
La politique sert à organiser la vie collective. Elle produit des règles — lois, règlements, institutions, constitutions — qui structurent l’accès aux ressources, aux droits, aux obligations et aux pouvoirs.
Sa finalité n’est pas morale au sens strict, mais fonctionnelle : rendre possible une coexistence relativement stable entre des intérêts divergents, tout en maintenant un niveau acceptable de coopération, de sécurité et de production collective.
Une société dont la qualité du vivre-ensemble se dégrade voit mécaniquement apparaître :
- une baisse de la motivation et de l’engagement ;
- une montée des conflits internes ;
- des formes de désobéissance, de corruption, de retrait ou de violence ;
- une perte d’efficacité économique et institutionnelle.
L’enjeu pragmatique de l’action politique, au niveau individuel comme collectif, est donc simple : augmenter la capacité d’influence des intérêts que l’on porte.
Ne pas s’organiser politiquement, c’est laisser d’autres intérêts — mieux structurés — décider à notre place.
La question centrale n’est donc pas seulement quoi décider, mais qui a la capacité effective d’influencer les décisions.
De la démocratie : intérêt et limites
La démocratie vise à limiter la concentration du pouvoir et à rendre les gouvernants responsables devant les gouvernés. Elle repose sur un principe fondamental : chaque individu est politiquement légitime.
Cependant, les démocraties modernes sont principalement représentatives, non directes. Elles organisent la participation à la décision, mais ne redistribuent pas mécaniquement les ressources de pouvoir réelles : économiques, culturelles, techniques, organisationnelles.
Autrement dit, la démocratie agit surtout sur la procédure de décision, beaucoup moins sur les capacités effectives d’agir des individus et des groupes.
Une décision majoritaire n’est pas nécessairement une décision juste, compétente ou émancipatrice. Les sciences politiques ont largement documenté :
- le rôle de la propagande et des biais cognitifs ;
- l’influence disproportionnée des acteurs économiques organisés ;
- la tendance des citoyens à voter davantage pour des symboles et des récits que pour leurs intérêts matériels réels.
Ainsi, le vote universel est un outil de légitimation, mais rarement un levier suffisant de transformation structurelle. Le pouvoir réel réside largement dans la capacité d’influence organisée : syndicats, entreprises, administrations, armées, réseaux de savoir, médias, expertise technique.
Les groupes dominés ne manquent pas d’opinions, mais trop souvent de structures de contre-pouvoir.
Droite : intérêt et dérives du mérite, de l’autorité et de l’autonomie
Historiquement, les idéologies de droite valorisent l’ordre, la responsabilité individuelle, la transmission et la stabilité. Elles reposent sur une anthropologie implicite : l’individu doit être capable de se gouverner lui-même avant de prétendre gouverner la société.
Le mérite, l’autonomie et l’autorité produisent effectivement de la richesse, de la continuité et de la prévisibilité institutionnelle. Aucune société ne peut fonctionner sans un minimum de discipline, de compétence et de responsabilité.
Le problème apparaît lorsque ces principes sombres dans l’élitisme, le favoritisme et le préjugé :
- lorsque l’incapacité est assimilée à une faute morale ;
- lorsque l’autorité devient domination ;
- lorsque la hiérarchie nie les conditions sociales réelles de production des capacités.
La dérive n’est pas le mérite en soi, mais sa moralisation punitive, souvent nourrie par le ressentiment et la peur du déclassement.
Gauche : intérêt et dérives du partage et de l’insoumission
Les idéologies de gauche naissent historiquement de la critique des inégalités produites par l’ordre social. Elles affirment que la liberté réelle suppose des conditions matérielles, symboliques et sociales minimales.
La solidarité, la protection des minorités et la critique des dominations améliorent effectivement la sécurité sociale, la coopération et la qualité de vie collective.
Mais la dérive apparaît lorsque la critique devient purement protestataire, lorsque l’égalité est pensée sans exigence de structuration, ou lorsque la responsabilité individuelle est entièrement dissoute dans l’explication sociale.
Vers une organisation politique plus mature ?
Les idéologies politiques révèlent autant la structure des sociétés que la maturité psychologique collective. Une société profondément sécurisante, éducative et capacitante produirait probablement moins de clivages idéologiques rigides.
Une organisation politique fonctionnelle pourrait viser simultanément :
- la protection sans oppression ;
- l’unité sans uniformisation ;
- l’amélioration sans exclusion.
Cela supposerait de dépasser l’opposition stérile entre gauche et droite sans nier leurs apports respectifs.
Cela poserait aussi des questions institutionnelles sérieuses comme :
- pourquoi confier l’exécutif à des quasi-monarchies électives ?
- pourquoi ne pas évaluer les gouvernants sur leurs compétences de synthèse et de résolution plutôt que sur leur capacité de séduction électorale ?
- pourquoi limiter la représentation politique aux seuls humains adultes parlants, à l’ère de l’effondrement écologique ?
La réflexion contemporaine en politologie explore déjà ces pistes : démocratie délibérative, démocratie participative, représentation du vivant, institutions hybrides, intelligence collective augmentée.
À l’ère du numérique, il devient légitime de questionner la centralité exclusive de la parole tribunitienne et d’imaginer des espaces politiques collaboratifs fondés sur l’écrit, la modélisation et la coopération cognitive, plus adaptés à la complexité du réel.
La capacité d’influence. ..Tout est là en effet.
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La capacité d’influence, c’est un « rapport de forces » à instaurer.
Nos « politiques » l’ont si bien compris que les lois contre les « hate crimes » se multiplient avec des visées qui ne sont pas toujours celles affichées par ceux qui conçoivent ces lois qui sont des lois de CENSURE ETATIQUE.
Car, comment aujourd’hui, avoir de l’influence, se faire entendre s’il n’est plus permis de se servir de la comédie pour corriger les moeurs ?
Les « hate speech law »‘ veulent en effet interdire la « satire » politique au motif qu’il ne doit plus être permis de « blesser » ou de « heurter » quelqu’un.
To « hurt »…
En fait, nous sommes confrontés au retour d’un diktat religieux qui ne dit pas son nom :
– le crime de lèse-majesté qui oblige tout citoyen à respecter la « fonction » qu’importe si l’homme n’est pas respectable…
Et ce d’autant plus qu’au nom du respect à donner à cette fonction, il est interdit de CRITIQUER L’HOMME qui agit mal en tant que « fonction-naire » (corruption active ou passive, prévarication, trafics d’influences et j’en passe…).
– et le délit de blasphème qui interdit déjà aujourd’hui de critiquer les « superstitions » religieuses,
sous prétexte là aussi de ne pas « blesser » ou « heurter » les pratiquants de certaines religions.
Sachant que certains pratiquants n’hésitent pas à tuer au nom de leur religion !
Mais ça, c’est une « incompréhension » de leur religion qui…
DOGME ETATIQUE :
– religion qui… ne peut être que bonne !
Donc,oui, la question est :
– Comment réussir à avoir un cercle d’influences dans un monde politique où les plus libéraux se saisissent de la censure d’Etat pour vous… faire taire ?
Donc vous « tuer » politiquement et parfois… réellement !
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