Vivre et mourir

Être, comme Freud en a eu l’intuition, c’est naître au monde avec deux propensions, deux pulsions dans son rapport à soi : d’un côté on est poussé par la pulsion de vie : l’amour de soi dans le monde (là où on projette nos désirs, nos ambitions, nos rêves, nos luttes, nos combats). D’un autre côté, on est tiré par la pulsion de mort : le rejet de soi par le monde (là où on nourrit nos retraits, nos abandons, nos renoncements).

Une part de soi désire, une autre part de soi se meurt.

On naît avec le désir de vivre d’un Dieu, on devient humain et mortel dans notre confrontation constante avec nos limites, nos impuissances, notre précarité, l’inimitié, les tyrannies.

On apprend à aimer et à s’aimer « si », on n’aime plus tout court. Parce que papa et maman sont méchants, parce que papa et maman sont déçus. Et s’ils sont méchants, c’est parce qu’ils souffrent.

Un enfant qui pleure trop, qui fait des crises, qui fait des caprices aujourd’hui, sera, sans ascèse ni thérapie, un parent méchant demain et dans tous les cas une personne qui aura à souffrir. On reproduit les parentalités et notre parentalité ne s’arrête pas qu’aux rapports entre parents et enfants, elle est partout, dans toutes nos relations avec les autres. Les parentalités abîmées entretiennent au sein de notre société l’excès d’amour à conditions et donc de haine/violence à déceptions.

L’amour inconditionnel de départ est un besoin fondamental à notre pulsion de vivre et d’aimer. Besoin fondamental qui fait qu’un enfant crise par manque de soin et qu’un « plus grand » maltraite un « plus petit » par souffrance emmagasiné.  Une pulsion de vie qui souffre, c’est le symptôme d’une société malade.

Mais la vie ça ne peut pas être que de l’amour de vivre même pour ceux qui ont le moins soufferts de haines, de manques d’amour et de soins. On naît aussi pour mourir.

L’amour est pulsion qui engendre le création du monde par lui-même par la reproduction (et son brassage génétique) et le soin.

La mort est pulsion qui engendre l’évolution du monde, par « l’éphémèrité » des êtres individuels qui laissent leurs places à de nouvelles tentatives d’exister.

La pulsion de mort est saine, le renoncement est sain, il donne de la place pour le monde qui peut faire différent de nous. L’ego compétiteur (l’amour de soi en opposition aux autres) peut empêcher cette pulsion naturelle de bien se vivre.

Cette pulsion de mort, qui rend sensible, qui offre, qui passe à autrui est paradoxalement aussi une source d’épanouissement personnel et une forme d’amour plus spirituel. L’amour conditionnée sur la réussite personnelle infinie engendre du mal de vivre et empêche de voir notre rôle de passeur que nécessite une société plus symbiotique.

La pulsion de mort, lorsqu’elle n’est pas contrariée pas nos névroses, nous pousse vers l’amour du monde au delà de soi. Une pulsion de mort qui ne s’accepte pas, qui ne se comprend pas, qui ne se vit pas, s’enferme dans des pulsions de répétitions et d’obsessions. Une pulsion de mort qui souffre, c’est également le symptôme d’une société malade.

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