D’où peut venir la pensée en « tout ou rien » ?

Il y a au cœur de la volonté humaine, un désir d’absolu. Ce qui conduit des êtres de pouvoir à construire des sociétés totalitaires et des êtres en manque de pouvoir à construire des idéaux en dehors de ce monde soit dans un passé, un présent ou avenir idéalisés, soit dans un au-delà.

Pourquoi avons-nous tant de difficultés à recevoir le monde tel qu’il est et tel qu’il va ? Pourquoi avons-nous, par nature, tendance à penser en des termes absolus ? Pourquoi le « OU » passe-t-il si souvent avant le « ET » et l’IDEAL avant le POSSIBLE ?

La difficulté du rapport au Réel

L’existence humaine est fascinante : nous sommes des êtres limités dans un monde limité avec un esprit, qui lui, ne connait aucune limite. Nous pouvons penser et vouloir tels des dieux dans une enveloppe biologique qui nous apprend, au fur et à mesure de l’âge, l‘humilité.

Comme le disait Pierre Reverdy : « On est orgueilleux par nature, modeste par nécessité ».

Le Moi peut penser tout, et ainsi il peut vouloir tout. C’est le besoin et la nécessité qui vont limiter sa volition, puis sa pensée, comme des branches folles que l’on élague. C’est ainsi que l’on peut traiter parfois de fou (ou de con) celui qui sort du sentier de l’humilité.

Mais de quelle humilité parle-t-on ?

L’humilité de l’humilié qui a abandonné ses rêves par manque de courage et de pouvoir ou l’humilité de la prise de conscience qui sait le monde et qui sait le progrès possible ?

Comme le disait si poétiquement Vladimir Jankélévitch: « L’humble ne file pas la laine à la maison sur la quenouille de la fidélité, mais, acceptant sa propre nihilisation, il choisit aventureusement le chemin des crêtes, qui est chemin de l’événement, du courage et de l’amour ; il suit du pas de l’humilité le sentier périlleux de la sublimité. »

Car il y a dans le désir humain cette soif du Sublime. Qui se transforme en dégoût, en colère ou en rage lorsque c’est le Laid, l’Humiliant et l’Injuste qui nous font face.

Les origines de la pensée déséquilibrée

Notre sensibilité à la frustration est en général si grande et les pouvoirs que nous avons pour lutter concrètement sur les causes de celles-ci souvent si petits que cela se retourne souvent contre notre propre cerveau plutôt que contre ce qui pourrait être amélioré dans le monde. Nous apprenons dès l’enfance à accepter la frustration intérieurement plutôt qu’à la traiter extérieurement. Ensuite à mi-vie, ce seront les symptômes psychiques qui seront parfois traités avec des thérapies individuelles et des médicaments.

La frustration « mal-traitée » est à l’origine des idéaux radicaux et totalitaires, des tout ou rien, des je gagne ou je perds, des je vis ou tu meurs, des mondes de merde et des arrières mondes…

Il y a dans notre société une domestication des individus à servir un monde construit sur une pyramide de pouvoirs imbriquée de plus chefs en moins chefs où les puissants vivent comme des dieux et les faibles comme des animaux plus ou moins serviles. Et cela, selon moi, contribue à entretenir la pensée duale. Cette pensée qui voit la vie comme un Tout ou Rien. Parce qu’il est vrai qu’il y a un tout ou rien dans ce monde où il y a des fossés immenses entre les riches et les pauvres, entre les éduqués et les laissés-pour-compte.

Mais ce n’est pas parce qu’un constat global peut être tranché que la réflexion individuelle doit l’être pour autant.

La maturité ou l’apprentissage de son pouvoir d’agir

Dans une situation pénible, nous pouvons isolés trois comportements extrêmes possibles :

  1. Je suis inconscient de cette pénibilité, je ne suis pas frustré, je n’agis pas, je ne nourris pas d’idéaux.
  2. Je suis conscient de cette pénibilité, je suis frustré, je n’agis pas ou j’agis mal, je nourris des idéaux impossibles pour diminuer intérieurement ma frustration.
  3. Je suis conscient de cette pénibilité, je suis frustré, j’agis en faveur de la réduction de cette peine et ainsi de ma frustration, je nourris des idéaux pragmatiques et possibles.

C’est dans cette troisième voie que se constitue la maturité individuelle. Car le « tout ou rien » est le propre de l’Etat du Moi Enfant, qui vient mettre son trop plein d’émotions (réduit souvent à « j’adore » ou « je hais ») dans le contenu de ses propres pensées, troublant ainsi la possibilité d’une réflexion concrète et intelligente.

Pourquoi est-il si dur de grandir ?

Devenir plus mature, c’est à dire plus pertinent dans ses comportements vis à vis de soi et du monde n’est pas une mince affaire. Car grandir, c’est quelque part rapetisser. c’est abandonner des désirs impossibles pour embrasser une vie meilleure (et peut-être un peu moins « Wahou » ou « Easy » qu’on l’aurait imaginé). Et il est âpre de se défaire de ses idéaux impossibles car derrière cela, c’est de nos souffrances dont il s’agît.

Nous tenons plus que tout à nos souffrances car ce sont elles qui nous entraînent profondément dans l’existence, et c’est de celles-ci que nous enracinons le sens de nos vies et de nos identités.

Bien grandir, c’est arriver à sortir de la victimité pour embrasser sa capacité et son pouvoir d’agir.

Bien grandir, c’est arriver à se distancier des douleurs du passé qui se sont agrégés dans des formes de sur-désirs immatures afin d’être en mesure de développer des actions concrètes vers plus de pouvoir et d’amour, vers plus de Sublimité et de Joie.

Bien Grandir, c’est devenir capable de délaisser de la vie trop rêvée pour offrir à son Enfant Intérieur et à ses proches, la jouissance réelle d’une vie meilleure.

2 commentaires sur “D’où peut venir la pensée en « tout ou rien » ?

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  1. merci pour cet article. C’est vraiment ce dont j’avais besoin aujourd’hui avec une expérience qui s’est avérée un réel challenge pour moi dans le cadre de mon travail. C’est inspirant et enrichissant. Se libérer de la victimisation, vivre une vie meilleure. C’est ce à quoi notre âme aspire en s’incarnant en nous. Nous sommes fait pour progresser.

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