Moi narrateur versus Moi expérimentateur

Yuval Noah Harari dans son excellent « Homo deus, une brève histoire de l’avenir » nous révèle l’existence de deux « moi » produits par notre cerveau.

Et il y aurait un moi expérimentateur qui s’occuperait de notre bien-être dans l’instant présent en nous faisant ressentir une expérience comme agréable ou désagréable de manière à privilégier l’agréable et de se prémunir contre le désagréable.

Notre cerveau produirait aussi un moi narrateur qui s’occuperait de mémoriser des expériences sous forme d’histoires gommant au passage le routinier, le répétitif, le non intense.

C’est le moi narrateur qui aurait la prévalence sur les décisions importantes de nos vies.

Quelle en est la conséquence ? N’y aurait-il pas un intérêt à mieux écouter notre moi expérimentateur ?

Ce que fait naturellement le moi expérimentateur

Le moi expérimentateur subit ou jouit. En subissant il voudra fuir ou attaquer. En jouissant, il voudra reproduire.

Le moi expérimentateur est au cœur du triptyque : fuir – accepter – attaquer.

Triptyque qui se situe dans l’expérientiel de l’animalité.

Ce que fait naturellement le moi narrateur

Cependant, l’humain est doté d’une couche cognitive qui va mémoriser et tisser avec du vécu, du vu et de l’entendu : des histoires.

Histoires qui peuvent être des compréhensions rationnelles : j’ai mal aux dents et je vais chez le dentiste parce que même si c’est une expérience très désagréable, je sais que j’irai mieux par la suite. L’animal, ne prendrait jamais de lui même la décision d’aller chez le dentiste. Notre moi narrateur est un précieux allié qui a disruputé la condition animale pour faire advenir : la capacité d’abstraction.

Cependant cette capacité peut nous jouer des tours, quand notre abstraction nous fait penser le monde différemment qu’il l’est réellement. lorsque l’illusion s’empare de nos histoires vécues et des scénarios que l’on invente pour soi, les autres et le monde…

Du sacrifice

Le moi narrateur s’est développé au travers de la socialité humaine, ce qui fait qu’il est inscrit dans un autre triptyque plus politique : indépendance – soumission – domination.

Lorsque nous pensons que nos besoins vitaux prévalent sur nos moyens : nous inventerons des histoires autour de l’intérêt de la soumission.

Lorsque nous pensons que nos besoins vitaux sont en adéquation avec nos moyens, nous glorifierons l’indépendance.

Lorsque nous pensons que nos moyens prévalent sur nos besoins vitaux, nous voueront des cultes à la domination.

Le moi narrateur bâtit des idéaux, des principes de vies et des scénarios qui pour gagner en popularité nous font endurer efforts, souffrances et mensonges au détriment du moi expérimentateur.

Du superflu

Si nous sacrifions parfois (voire plutôt souvent) notre moi expérimentateur au bénéfices du moi narrateur et de sa soif de position sociale valorisante. Nous pouvons parfois sacrifier notre moi narrateur au bénéfice de notre moi expérimentateur qui lui a soif de confort, de paix, de tranquillité, d’amour… de Beau et de Bon en soi.

Cependant ce qui est beau et bon en soi peut-être laid et mauvais à raconter à autrui. Ce que nous jouissons d’un côté peut être sanctionné socialement. Et cette sanction est douloureuse, la souffrance psychologique pouvant surpasser de loin celle du corps.

Mais généralement, nous ne racontons pas nos jouissances, nous racontons nos exploits, les peines endurées qui ont mené au succès, à la réussite, à notre valeur sociale !

Exploits qui peuvent être des exploits de dominés : j’ai travailler dur !

Exploits qui peuvent être exploits de dominants : j’ai gagner en pouvoir !

Exploits qui peuvent être exploits d’indépendants : j’y suis arrivé seul !

Et bien souvent : un subtil mélange des trois selon le milieu social dans lequel nous nous présentons.

Notre capacité de narration peut alors être un précieux allié pour notre moi expérimentateur. Nous pouvons jouir du plaisir de la valorisation sociale tout en jouissant plus qu’en s’efforçant dans la vie.

Mais la réelle estime des autres et plus encore sa propre estime de soi se nourrit dans le Faire plus que dans le Raconter. Si nous pouvons mentir aux autres, nul ne peut se mentir à lui-même (à part les fous).

De l’importance du bon scénario

En Analyse Transactionnelle, le Dr Eric Berne nous a enseigné que très tôt l’enfant définie son propre scénario de vie. Si celui ci sera gagnant ou perdant ou entre les deux, si celui-ci sera dur ou paisible, si celui-ci sera dans la confrontation, dans le partage ou dans l’évitement…

Le moi narrateur, s’il n’est pas bousculé par la philosophie, s’appuiera tout le long de la vie sur ce scénario qui sera la colonne vertébrale de toutes ses péripéties et de ses non-péripéties.

Raconter et se raconter est une nourriture vitale pour l’humain, et en cela c’est préférable qu’elle prévaut sur nos instincts de confort et conservation. Car sans ce sens de l’histoire, la vie serait beaucoup moins humaine, beaucoup moins fascinante…

Cependant et comme toujours, ce n’est pas parce que la faim nous guide vers le meilleur qu’il faut se débarrasser du reste. Sans nourrir d’expériences agréables notre expérimentateur, comment trouver la force et l’équilibre vers notre plus belle narration ?

2 commentaires sur “Moi narrateur versus Moi expérimentateur

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