Qu’est-ce qui nourrit et construit l’ambition personnelle ?

Si je m’amuse avec l’étymologie : ambition vient du latin ambitio, ce qui viendrait à vouloir dire littéralement : « l’action de faire avec les deux ensemble ». Quels pourrait-être « ces deux là » ? La part de soi telle quelle est et la part de soi qui a les honneurs où qui les cherche ? La partie de soi, sombre, et engluée dans son déterminisme biologique et social, pétri de ressentiment, assoiffé de vengeances et d’amour, et la part de soi idéale, productive, aimable, attractive et lumineuse ?

L’ambition, serait-ce le « lieu de chrysalide » du soi déçu, déchu et décevant vers ce soi capable d’espoir et de fierté ?

Qu’elle est la place de la fierté dans notre ambition ?

Vu d’un angle psychanalytique, la fierté est le produit de notre Surmoi. La fierté est la récompense psychique (les hormones qui nous font nous sentir bien) envers la bonne conduite que l’on a su appliquer. Et la déception de soi voire la culpabilité en est la sanction (les hormones et le manque d’hormone qui nous font nous sentir mal) en cas de non ou mauvaises conduites.

Une bonne ambition permet de nous donner des récompenses psychiques de type : fierté, sentiments de réussite, d’attractivité et d’utilité. Et sur cette voie, la déception de soi serait la juste sanction correctrice en cas d’écart déceptif entre notre modèle de devoirs et de réussites humains et ce que nous faisons réellement.

Pour cela il y a deux facteurs d’ajustement :

  • Redéfinir et réajuster ses niveaux d’exigences
  • Augmenter ses capacités personnelles

S’il y a fierté, c’est qu’il y a exigences. Nous nous construisons des exigences dans la vie à cause ou grâce à trois choses :

  • avec ce qui nous déçoit dans le monde
  • avec ce qui nous plait dans le monde
  • avec ceux qui nous poussent dans le monde et qui font autorité sur nous

Notre Surmoi semble se nourrir et se structurer avec différents types d’exigences que je classerais ainsi :

  • Les exigences pratiques (ce qui convient de faire) qui poursuivent des enjeux individuels de survie, de maitrise, de professionnalisation (fierté du savoir-faire)
  • Les exigences morales et éthiques (ce qui convient d’être et devenir) qui poursuivent des enjeux sociaux de satisfaire une autorité, s’assimiler, coopérer, s’émanciper (fierté du savoir-être)
  • Les exigences existentielles (ce qui convient de faire advenir) qui poursuivent des enjeux ontiques et spirituels de dépassement, de transformation, de sublimation (fierté du savoir-transformer ?)

L’ambition personnelle se structure à partir de ces trois types d’exigence. Plus les exigences existentielles seront investies et plus notre vie aura de chance d’impacter plus loin et plus fort que notre propre vie et celle de notre famille, de laisser quelque-chose au delà de nous.

Mais le Surmoi ne fait pas l’ambition, ce système de production d’exigences n’est pas le moteur de l’ambition, il semble plutôt jouer ici un rôle de structurateur et de régulateur de celle-ci. Le moteur de l’ambition est le Désir.

Je distinguerais deux types de désirs :

  • ceux issus de nos pulsions de vie et qui engendre en nous tout ce qui donne à vouloir aimer, être aimer, séduire, engendrer, nourrir, offrir, créer, pouvoir et impressionner.
  • ceux issus de nos pulsions de mort et qui engendre à partir de nos souffrances tout ce qui donne à vouloir nuire, écraser, forcer, se venger, avoir sa revanche, dominer en écrasant, tuer, se tuer, en finir.

Seuls les désirs issus d’une pulsion de mort qui s’est retourné contre nous-même (quand on se nuit à soi-même) ne participe pas de l’ambition et aura une tendance marquée à l’auto-sabotage. La volonté de vengeance et de revanche sur le monde, si elle est canalisée d’une manière socialement adaptée est un moteur puissant de motivation et d’ambition créatrice. Ce que Freud nommait « la sublimation de nos souffrances ».

Notre système de production de désirs combiné à notre système de production d’exigences de notre Surmoi dressent les fondements de notre ambition personnelle, les possessions et les réalisations que l’on aspire et la manière de vouloir les obtenir.

Sociologiquement, les choix ambitionnels que nous feront sont grandement déterminés par la culture et les mœurs du milieu dans lequel nous évoluons ou que nous souhaitons évoluer et dont les personnes à qui l’ont souhaite plaire font très souvent partie ou on la même aspiration à évoluer dans un autre milieu (cas des transfuges sociaux).

Ambitio, action de faire avec nos désirs et nos contraintes, nos amours et nos souffrances ?

Qu’est ce qui participe à la construction d’une forte et puissante ambition ?

Si, comme vu précédemment en postulant que le Désir est le moteur de l’ambition, notre vitalité et sa constance détermineraient donc son intensité et sa stabilité.

L’ambition se construit dans un sentiment de liberté et de capacité. Plus notre ambition sera autodéterminée et résonnera profondément avec nos émotions (ce qui nous met en mouvement) et plus elle sera mobilisatrice.

Plus elle sera convergente et donc visant une finalité ultime, unique, durable, inaliénable et plus notre ambition sera prévalente face à ce qu’elle appellerait elle même les distractions et les divertissements.

Plus elle s’appuiera sur un processus critique et pragmatique fait de raison et de respect et plus elle sera effective car nourrit d’un flux constant d’avancées, de succès et de réussites.

Plus elle sera portée par un individu qui ne s’identifie pas lui même aux échecs et n’identifie pas non plus les autres à ceux-ci et plus elle sera résiliente.

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