Comment bien gouverner sa vie ?

Je traverse une période difficile. Je suis dans une situation professionnelle envahissante avec beaucoup de conflits autour de moi. Je suis dans une situation personnelle et psychologique qui engendre du repli sur moi, de la tristesse, de la démotiv’ et un peu de frustration. Mais rien de bien grave non plus.

Parfois dans la vie on se retrouve dans des situations pourries. C’est même assez fréquent en fait. Ce monde est tellement complexe et nous mêmes sommes tellement complexes que c’est difficile d’échapper aux « pièges » que nous tend l’existence.

Oui, l’existence nous tend des pièges et dans l’existence il y a nous et il y a eux, il y a ce que j’ai en conscience et il y a ce que les autres ont en inconscience. Les « pièges de l’existence » se trouvent là où on ne les voit pas, là où notre conscience a fait une impasse sur nous même et sur les autres en visant un désir, un but, un rêve qui nous a mis en mouvement et nous a entrainé dans une chute, une déception, une souffrance.

Bien gouverner sa vie, n’est-ce pas cheminer vers le bonheur d’être soi, respecté parmi les autres, en évitant les pièges que nous nous tendons et que l’on nous tend ?

Qu’est-ce que j’entends par bonheur ?

Il n’y a pas de bonheur sans amour. L’amour c’est le bon temps que l’on passe ensemble ou avec soi même.

Il n’y a pas de bonheur sans pouvoir. Car le bonheur, c’est aussi la satisfaction de ces besoins et le respect de soi.

  • Respect de soi à l’égard de notre amour pour nous même et pour nos proches
  • Respect de soi par la compétence que l’on développe pour satisfaire nos besoins et nourrir nos passions
  • Respect de soi par la lutte contre les oppressions qui nous affectent et qui doivent s’éteindre dans le monde

Quelle place dois-je donner à mon bonheur dans un monde où il y a beaucoup d’injustices et de souffrances ?

Le non-bonheur et le malheur engendrent de l’incapacité à agir et donc réduit notre potentiel impact positif sur le monde. Le bonheur dépend infiniment de l’amour que l’on se porte et que l’on reçoit. Si la souffrance du monde contamine notre esprit, nous ajoutons de la souffrance à la souffrance.

La lutte intelligente contre les préjudices qui nous indignent ou qui nous ont affectés endigue la souffrance et produit le terreau nécessaire au bonheur collectif. Construire une paroi fonctionnelle entre les conséquences des dysfonctionnements sociaux à traiter avec conscience, esprit et intelligence détachée et les émotions « victimales » (peur et colère) que ces dysfonctionnements induisent. Le surplus d’émotion de dégoût, de rejet, de destruction est contreproductif pour notre psyché et les énergies que nous pouvons déployer pour notre bonheur et pour l’impact positif que nous choisissions d’avoir sur le monde. Cercle vicieux de l’émotion négative qui entraine la pensée dans sa gravité et engendre des trous noirs existentiels.

Nous ne sommes pas responsable du malheur du monde, nous ne sommes pas responsable de la pensée des autres. Nous sommes responsable de notre pensée et des interactions que nous nouons avec les autres dans le monde libre. Les disfonctionnements du monde nous impactant : nous avons le droit de mobiliser notre énergie et notre intelligence pour agir sur ces disfonctionnements et rendre le monde meilleur.

Il y a également la question de l’illusion autour de sa capacité dans son rapport à la transformation du monde. Ce qu’il y a de plus tragique dans l’existence c’est la fabulation, la démesure irrationnelle, l’inconscience de ce qui est possible ici et maintenant ou de ce qu’il ne l’est pas et en cela l’inconscience de là ou s’arrête ma véritable responsabilité.

Dans quelle mesure suis-je responsable de mon bonheur ?

En fait si on y réfléchit bien, adulte, nous sommes les seuls responsables de notre bonheur. Aucun choix important dans la vie ne se fait sans contrepartie mais nous sommes tous libres de nous libérer ou de nous enfermer dans des situations où il y a du manque de passion et d’amour voire du dégoût et de la haine.

Nous ne pouvons pas être insensibles aux relations que nous avons avec les autres. Elles ont de l’impact sur nos sentiments et donc sur notre désir de vivre et donc sur notre force de vivre. Mais nous avons aussi une part de responsabilité immense sur notre manière d’agir et de réagir aux interactions que nous vivons avec les autres. Nous avons un esprit qui peut impacter notre manière d’être touché ou non par une situation. Nous avons un esprit qui peut orienter nos pensées vers le respect de soi et donc vers la confiance et le bonheur, même si des personnes souhaitent nous faire subir les troubles qui les traversent à cause d’une estime d’eux-mêmes qu’ils ont appris à maltraiter.

J’ai le droit de ne pas me sentir visé et affecté par une critique inadaptée, j’ai le droit de dire non et de recadrer ou de mettre un terme à une relation toxique quelle soit professionnelle ou intime. J’ai la possibilité de choisir qui je veux être et ce que je veux faire de mon énergie même si cela m’écarte de relations importantes pour moi jusqu’à lors et qui risque de me précariser davantage. J’ai le droit de m’accorder le plus haut respect et j’ai le droit que mon esprit, ma conscience et mon estime de moi gouvernent mes émotions, mes intentions et mes choix dans la vie.

Quelles sont les origines des pièges que nous pouvons rencontrer dans la vie ?

Le défi de la vie heureuse semble consister à marcher sur la ligne de crête de la confiance en soi. Où à droite, il y a la tentation fataliste qui nous amène vers l’aliénation où les carences du respect de soi et de l’autonomie nous conduisent à normaliser des activités et fonctionnements sociaux dégradant pour soi. Cela nous retire notre part d’humanité sensible et aimante. Où à gauche, il y a la tentation autonomiste qui nous mène vers la marginalisation où les carences en tolérance des autres et en aptitude sociale nous conduisent à nous replier sur nous mêmes. Et cela pousse l’individuation vers des dynamiques d’exclusion et de précarisation économique ou affective.

Mais nul n’échappe à des périodes d’aliénation et de marginalisation dans la vie. Pour les aventuriers de la ligne de crête, la vie consciente est fait d’une continuation de dilemmes car le monde n’est jamais idéal et la route est sinueuse et nous sommes fondamentalement perfectibles et pouvons céder à la tentation des vallons environnants qui ont leurs lots d’expériences et de bonheurs. La ligne de crète est un idéal, et dans tout idéal il y a une prison qui s’y loge. Une ligne de crête, cela peut devenir aussi le chemin de ronde d’un prisonnier social ou d’un ermite philosophe en sursis. Avoir conscience des dynamiques d’aliénation nous marginalise des aliénés, avoir conscience des dynamiques de marginalisation, nous aliène des marginaux et nous pouvons nous retrouver seul au monde.

Quelque soit notre parcours de vie, il y a des épreuves, il y a des souffrances, il y a des aliénations, il y a des exclusions, il y a des pertes, il y a des renoncements. Et rationnellement, un bon nombre de ses difficultés pourraient être évitées. Et c’est sur ces pièges existentiels que je souhaite apporter de la lumière pour moins m’y engouffrer de nouveau.

Je distinguerai 5 catégories de pièges existentiels que l’on retrouve dans l’enchevêtrement de différents plans qui façonnent nos existences et que j’ai identifié à partir de mes lectures et de mes propres observations :

  • Les pièges biologiques
  • Les pièges sociologiques
  • Les pièges politiques
  • Les pièges philosophiques
  • Les pièges psychologiques

Les pièges biologiques

Nous sommes de chair et d’os, nous sommes d’entrailles et de neurones, d’organes et de chromosomes, d’attitudes et de gènes. Notre biologie est la limite de ce que nous pouvons être et devenir, faire et bientôt ne plus faire, de ce que nous pouvons ressentir et réfléchir, de ce que nous avons envie de vivre ou de ne pas vivre. La biologie est faite de reproduction au travers d’un processus qui s’appelle : la mort individuelle. Toute imagination d’un « possible de soi » en dehors des règles biologiques mène à la désillusion et à l’échec. L’avènement de l’amélioration génétique rendra certainement cette ligne plus ou moins désuète, ouvrira de nouveaux possibles et amplifiera également les disparités sociales.

La règle de la Vie qui s’incarne dans tout organisme biologique comme les êtres humains est le fruit de l’expansion-reproduction-hasard-collaboration-compétition qui engendre toute la diversité du vivant. Différence et altérité sont au cœur même de toutes relations humaines. Penser que l’autre DEVRAIT être ceci ou cela comme je le suis moi-même est un piège existentiel. La biologie détermine aussi nos comportements comme la sensibilité à la douleur, l’attention au détail, la créativité, le niveau d’énergie, la capacité à ressentir le bonheur ou l’empathie, à nous battre ou à fuir. Toute volonté de réduire l’autre à sa propre expérience biologique est une pente qui mène dans le piège de l’intolérance et du rejet des autres envers soi.

Les pièges sociologiques

Nous sommes des individus domestiqués par nos parents ou ceux qui en ont tenu le rôle, par les institutions, les groupes de pairs, et par tout ce qui a du pouvoir sur nous, tout ce qui nous fait faire, tout ce qui nous fait taire, tout ce qui détermine notre ressenti, nos attitudes, nos comportements, nos actes, nos paroles. Cette domestication sera différente selon nos origines sociales, notre lignée familiale et leurs habitudes éducatives.

Si l’on est né dans un quartier, en campagne, en centre ville, dans un milieu éduqué ou non, notre parlé, nos préoccupations, nos rapports à soi, aux autres et au monde seront globalement partagés au sein de ces milieux et différents des autres milieux et classes.

La détermination sociale est omniprésente mais pas omnipotente. Il y a de nombreux cas de transfuges, ces individus doués d’une conscience hors-norme (au sens stricte du terme) qui les amène à remettre en question les comportements des siens pour tenter d’embrasser de nouveaux horizons géographiques et sociaux qui correspondent mieux à leurs désirs de stimulation intellectuelle, relationnelle et sexuelle et dont les milieux d’origines ne pouvaient nourrir ou interdisaient. Néanmoins les transfuges ne peuvent échapper pleinement à la détermination sociale qui ont forgé leur identité dans l’enfance et la jeunesse. Lorsque l’on oubli d’où l’on vient, on tombe dans le piège de se perdre et de se couper des relations authentiques qui bien que souvent conflictuelles sont à même de résonner profondément avec « qui je suis ».

Lorsque nous fuyons notre passé, que cela soit par la honte ou par la nécessité, nous tournons le dos à une complexité de comportements qui nous ont constitués et ont fait nos racines. Vouloir trancher les racines d’une part de nous-même est facteur d’instabilité et de précarité pour notre être. Ne plus se nourrir de certaines de nos racines comportementales ne signifie pas de nous couper de ce que nous avons été. Nous sommes condamnés à accepter et assumer l’ensemble de nos expériences existentielles même ressenties comme honteuses par une autre part de nous-même pour tendre vers une personnalité pleine, assurée et adaptée envers les autres.

Les pièges politiques

La puissance de la détermination sociale qui nous entraine dans la vie avec vigueur et aliénation n’est pas un état de fait biologique ou sociologique. Cet un état de fait politique.

Si je suis formé pour être plus ou moins dominé ou dominant dans un monde où le capital économique et culturel est omnipotent, c’est parce que je suis réduis à être l’objet d’un cadre politique qui a constitué ma manière de m’inscrire dans la société. On parle souvent du Capitalisme économique et la gravitation de l’argent à partir des riches comme la source de l’inégalité parmi les humains, cela est vrai en grande partie, mais il y a aussi le Capitalisme social et la gravitation de l’influence à partir des influants, c’est à dire le phénomène d’inégalité politique qui a sa source dans le relation avec les dominants qui partagent le pouvoir avec ceux qui ont leurs codes et/ou leurs origines. Un président de la République ne tire pas son pouvoir de son capital économique mais de son capital d’influence culturelle. Avoir un réseau d’influence prévaut sur tout potentiel de pouvoir dans le monde.

Aucune activité sociale hors loisir n’échappe à une hiérarchie de décideurs que ce soit une hiérarchie nourricière qui a le pouvoir de nous donner des récompenses physiologiques ou sociales (argent et position sociale), une hiérarchie punitive qui a le pouvoir de nous donner des sanctions physiologiques et sociales (dynamiques de bannissement, armée et police) ou une hiérarchie intellectuelle qui a le pouvoir de nous donner des conseils et des outils nécessaires à notre développement (éducation).

Vouloir échapper à la règle hiérarchique des capitaux où il n’y a pas de pouvoir de transformation sans capital préalable est une voie qui mène vers l’échec entrepreneurial. Que cet entreprenariat soit économique, social ou politique, nous pouvons œuvrer à accumuler un capital économique et un capital d’influence suffisant pour construire une structure viable et croissante, mais la taille et l’impact de celle-ci sur le monde sera toujours déterminée par la capacité de financement et la capacité d’influence que celle-ci a sur les acteurs impliqués dans la transformation que l’on vise.

Quoi que l’on veuille entreprendre dans le monde, il est important de se poser la question : à quelle hiérarchie ai-je besoin et envie de me soumettre ?

Les pièges philosophiques

Face à la difficulté de l’existence, nous pouvons être tenter de réfugier notre esprit bousculé par les émotions oppressantes liées aux refus, aux rejets et aux dominations d’autrui sur nous-même qui nous contraignent et nous font souffrir.

Cela peut aspirer l’esprit dans une quête vertueuse, pieuse, introvertie à poursuivre un idéal philosophique dont le but peut être d’arriver à une sagesse au pouvoir individuel absolu qui permettrait de vivre de manière totalement apaisée toutes les difficultés que nous traversons dans l’existence.

Or, nous sommes nés du monde et les bonheurs, les progrès et les réussites se trouvent dans ce monde, tout comme les malheurs, les déclins et les échecs même si on a des raisons d’en avoir peur, même si on a des raisons d’en être dégouté. L’introversion exagérée qui surprotège notre état d’esprit et notre « état d’être » des émotions difficiles issues des supplices que le monde nous ont fait endurer est un piège existentiel. Nous somme de conscience et d’esprit et nous sommes d’émotions et de liens aux autres.

Toute philosophie qui nous entraine trop hors du monde et de nos émotions, nous heurte au piège de la lourdeur d’esprit qui nous empêche de danser et de surfer avec ce qu’il y a de bon et de jouissif sur terre.

Les pièges psychologiques

Qui suis-je ? Je suis moi. Et ce moi, ce n’est pas rien, c’est même infiniment tout pour notre psyché, c’est à dire pour ce qu’on est amené à ressentir dans l’existence. Il n’y a pas d’émotion sans ego, il n’y a pas de vitalité sans émotion, il n’y a pas d’émotions sans lien avec le monde, il n’y a pas d’ego sans monde.

L’ego malmené et maltraité est trompeur, il nous infantilise dans une posture boudeuse, méchante ou dévalorisante où il y a des victimes, des bourreaux, des sauveurs partout. Notre estime de nous-même a été malmenée et nous jouons à des jeux psychologiques pour nourrir notre besoin d’exister, de montrer qu’on est là et d’agir, même mal, et pour nourrir notre besoin de nous sentir pas si inférieur que ça, de démontrer qu’on vaut quelque chose, même con.

Il est terrible ce piège, il a un pouvoir d’attraction horrible. Nous avons souffert et cette souffrance, nous devons impérialement en faire quelque chose. En fait, on peut faire 3 choses avec cette putain de souffrance :

  • la fuir, la nier et la refouler pour éviter les incidences sociales négatives et la rudesse des émotions qu’elle impliquerait
  • l’accepter et la vivre émotionnellement par la peur, la terreur, la tristesse, les larmes qu’elle implique
  • l’affronter et la vivre émotionnellement par la colère qu’elle implique

Le piège, c’est d’imaginer qu’une de ces voies est la bonne.

En fait on a besoin des trois et on a besoin d’un autre état du moi, l’état du moi Adulte pour piloter notre âme dans la souffrance. Car c’est l’état du moi Enfant qui se laisse submerger dans la souffrance ou dans son ignorance en choisissant une réaction tranchée. L’état du Moi Enfant a besoin d’emprunter les trois chemins de la manière la plus adaptée au contexte possible pour s’alléger et ne pas compromettre son potentiel de vie heureuse avec les autres sans que cette souffrance vienne à gâcher son intériorité et son extériorité et l’entrainer dans des rapports de supériorités ou d’infériorités stériles et destructeurs qui font doubles peines.

Nous sommes condamnés à manœuvrer et gouverner avec le poids des souffrances que l’on a dans le ventre. Prendre le temps de l’arrêt et de l’émotion peut-être salutaire pour digérer les peines et les souffrances emmagasinées quelle que soit la violence émotionnelle que cela peut impliquer pour notre Moi Enfant et ainsi pour ne plus faire pencher notre orientation de vie du côté de la bêtise ou de la douleur perpétuée.

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